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Contre les négationnistes

Le négationnisme
par Marie José CHOMBART DE LAUWE, Présidente de la FMD

La Mémoire de la Déportation et des crimes nazis porteuse de connaissances et de valeurs indispensables à intégrer dans la formation civique des jeunes, fait partie du patrimoine de l’Humanité.

Notre Fondation travaille depuis dix ans pour qu'aucun aspect de la réalité historique du système concentrationnaire nazi ne soit masqué, déformé, nié. La mémoire vécue des témoins et les travaux scientifiques des chercheurs se complètent. Aujourd'hui, le génocide des juifs et des tziganes et les nombreux crimes contre l'humanité perpétrés dans les camps d'extermination et de concentration sont des vérités incontestables.

Nous avons procédé à des révisions des chiffres avancés à la libération, avancés face à la monstruosité des découvertes des camps par les alliés et aux récits des témoins, dans l'émotion et sans possibilité de les préciser dans l'immédiat. Il restera toujours quelques incertitudes : les coupables ont tenté de cacher leurs crimes ; la mémoire des témoins déforme certains événements, mais l'ensemble des témoignages des survivants montre les multiples facettes de l'univers concentrationnaire qui, cependant, ressort du même système nazi, dont la société concentrationnaire est l'application la plus achevée.

La mémoire savante des chercheurs, fondée sur les documents d'archives, avec la mémoire vécue des témoins qui ont connu les faits, nous permettent de transmettre une mémoire porteuse de leçons pour le futur. Elle apporte les données suivantes sur la nature de l'univers concentrationnaire.


Les Faits

Le camp de concentration n'ont pas été improvisés face à une situation de guerre, dans l'urgence, pour interner des ennemis, ils étaient une institution organisée dès la prise de pouvoir par Hitler.

Ils ont été l'application d'une conception du monde, de la société, de l'homme, raciste, hiérarchisée, dominant les autres peuples par la force, niant les droits de l'homme. L'idéologie qui la fondait est apparue dans Mein Kampf et a été répétée dans de nombreux textes et discours de Rosenberg, l'idéologue, de Goebbels, d’Himmler.

Les camps de concentration, puis les camps d'extermination ont été intégrés dans la société nazie comme usines à profit traitant " de l'homme " comme objet, matière, et organisant industriellement la mort. Ils ont été associés à d'autres crimes relevant de la même idéologie : les stérilisations, l'euthanasie de ceux à qui le régime refusait le droit à la descendance, à la vie, ...

Le génocide des juifs et des tsiganes est inhérent aux conceptions nazies. Après les avoir exclus, chassés, leur extermination finale en a été l'aboutissement. A l'intention de départ a suivi l'invention des moyens. Après l'utilisation de gaz homicides dans les chambres d'euthanasie, l'utilisation des camions à gaz a été trouvée, puis, plus, efficaces et industrielles, les chambres à gaz. Parallèlement, des commandos spéciaux massacraient des villages entiers dans les territoires occupés à l'est.

Face à ces faits, depuis une trentaine d'années, de petits groupes de pseudo historiens se livrent à des opérations de "révision de l'histoire °, qui sont en réalité la remise en cause et la négation des faits solidement établis.


Les buts des Négationnistes

Pourquoi mènent-ils de telles entreprises ? Essentiellement pour réhabiliter le nazisme et par antisémitisme.


Qui sont-ils ?

Des nostalgiques du nazisme, du fascisme, anciens collaborateurs, ou jeunes néo-nazis, ils entendent dédouaner les nazis des crimes de génocide ou de crimes contre l'humanité qu'ils ont commis, ou au moins prouver que ce régime n'était pas plus coupable que les alliés. Une ultra gauche les a rejoint, pour laquelle c'est seul le capitalisme qui est fautif, les juifs n'ayant été déportés qu'en qualité de travailleurs-esclaves. Pour les uns et les autres, il n'y a pas eu de spécificité du régime nazi, il fallait donc nier son instrument de mise à mort industrielle, la chambre à gaz. De plus, ils renvoient les fautes aux juifs et aux opposants.



Qu'est-ce que le négationnissme ?
"A partir du moment où une théorie est lancée dans le public, il faut, si folle soit- elle, la prendre au sérieux , non pour établir un dialogue avec ses auteurs, mais pour expliquer au public qui la lit, quel en est l'enjeu."

Pierre VIDAL NAQUET, historien

Le Fondement essentiel de l'idéologie négationniste est de nier la politique d'extermination nazie à l'encontre des juifs d'Europe. En fait le discours tente d'agir sur deux négations : d'une part, la négation de la volonté d'extermination du système nazi et, par conséquent, de l'emploi de la chambre à gaz homicide. D'autre part, la négation de l'anéantissement systématique, massif et industriel de la communauté juive et tsigane des territoires envahis et occupés.

La rhétorique négationniste répand depuis plus de cinquante ans, à travers le monde, un message pseudo scientifique, partant de l'a priori que les chambres à gaz n'ayant pas pu existé matériellement, le génocide n'aurait pas eu lieu. En conséquence ils accusent un gigantesque complot international regroupant d'anciens déportés, de faux témoins et des historiens, tous plus ou moins liés au monde juif et notamment à L'Etat d'Israël, d'être à l'origine de ce mensonge.

Aujourd'hui suite aux étude des différents arguments de cette thèse, il est important de souligner que les historiens préfèrent privilégier les termes négationnisme / négationnistes plutôt que révisionnisme / révisionnistes afin de désigner ce discours et ses initiateurs. En effet, le négationnisme relève " d'un système de pensée, d'une idéologie et non d'une démarche scientifique ou même simplement critique ": 1. Les négationnistes ne peuvent prétendre opérer une révision de l'histoire. En se dénommant révisionnistes, ils instaurent le doute quant à leurs intentions et tirent partie de (ambiguïté du terme révisionnisme pour diffuser leurs thèses. En effet, pendant longtemps , la notion de révisionnisme a été associée à d'autres questions, notamment politiques.

En France, il y a " l'extrême droite ", fondamentalement antisémite, sympathisante et nostalgique du fascisme qu'elle tente de blanchir et de réhabiliter. Certains enseignants de cette mouvance consacrent leurs travaux, et apportent leur " caution intellectuelle" aux théories de négation des chambres à gaz, donc des génocides juifs et tsiganes, dans le but de réhabiliter le système nazi.

L'après 68 marque un renouveau de l’activisme des étudiants et des universitaires d'extrême droite. De nouvelles théories tentant de minimiser les crimes nazis font leur apparition. C'est dans cette perspective qu'a été réécrite l’histoire du massacre d'Oradour sur Glane attribuant aux conditions d'évolution d'un soi-disant combat la cause de cette tuerie.

A l’extrême gauche, le message négationniste a pris corps dans la mouvance dite d'ultra gauche de la " Vielle Taupe " qui, tout à la fois librairie et groupuscule, fut longtemps un centre de diffusion autant qu'un lieu de discussion et de militantisme.
La théorie développée par ce courant de pensée assimile pratiquement le national-socialisme, le stalinisme et le capitalisme, et explique que pendant la guerre, les puissances capitalistes et le national-socialisme ont parallèlement, ou en commun, décidé d'écarter les juifs non pour les massacrer, mais pour les exploiter ? d'où l'organisation de ce travail forcé en Europe Orientale, qui excluait l'assassinat systématique, puisqu'il s'agissait d'exploiter de la main d’œuvre. D'autres, partis de la gauche ont progressivement basculé vers la droite la plus extrême. Ce fut le cas de Paul Rassinier ancien déporté politique à Buchenwald et à Dora, revenu farouchement anticommuniste de sa déportation, et qui curieusement tenté par une sorte de fascination pour les SS a commencé à développer des thèses niant les chambres à gaz.


Demain ?

Depuis une dizaine d'années, notamment par l'intermédiaire d'Internet, on constate la recrudescence des actions négationnistes et de l'intérêt nostalgique pour l'idéologie et l'imagerie nazie. Le procès contre Yahoo en est un exemple frappant. Il démontre ainsi qu'à l'heure de la mondialisation de l'information, il est impossible de contrôler les données qui circulent sur le «net». L'offensive est anonyme car tout part du serveur et non d'un sujet identifiable. Dans ces conditions les poursuites pénales deviennent problématiques (qui est responsable ? comment poursuivre en justice une machine ? etc.). Il existe toutefois, des moyens de bloquer l'accès des données négationnistes aux "grands hébergeur" de sites Internet, mais ce genre de mesure n'est jamais définitif et ne règle pas le problème au fond.

Plus que jamais le nouveau millénaire sera l'ère du média Interner et de l’image. Un monde où l’information sera immédiate. A l’heure où le combat politique devient une lutte pour le pouvoir de l'information et des médias, il est de notre devoir d'occuper l'espace médiatique et d'y montrer nos recherches, nos témoignages... C'est ainsi que s'affirmera la lutte contre les mensonges négationnistes. Demain, les derniers témoins auront disparu, pas les négationnistes. Pour les nouvelles générations Auschwitz et les chambres à gaz ne doivent pas être un détail ni un mensonge de l'histoire. Tel est l’enjeu.